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Fonction Achats : du Cost-Killing à l’Entreprise Étendue

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A dix ans, on découvre le monde et on apprend de son environnement. A vingt ans, on teste ses limites et on se joue des règles établies. A trente ans, on est dans la force de l’âge, au maximum de ses capacités physiques et intellectuelles, et ça tombe bien, c’est le cas de la fonction achats qui se bonifie depuis trois décennies.

Comment définir la fonction achats

Vous ne trouverez pas ici une définition arrêtée de la fonction achats, compte-tenu de l’évolution du spectre couvert par cette jeune fonction. On pourrait néanmoins dire que la raison d’être des achats est de « créer de la valeur (et pas que financière !) via l’acquisition de biens et services nécessaires au bon fonctionnement de l’entreprise ». Le poids des achats dans le chiffre d’affaires de nos enterprises varie de 30% (dans le tertiaire) à plus de 80% (dans le secondaire).

 

 

La fonction achats dans les années 80/90

Le début de la professionnalisation de la fonction achats remonte aux années 80/90 via les achats directs (ou de production) qui se structurent en premier. Le métier d’acheteur connait alors une véritable révolution en termes d’organisation et de moyens. La fonction achats passe alors progressivement d’un rôle administratif (l’approvisionnement) à un rôle d’optimisation d’un pan entier de la chaine logistique. Les achats sont donc arrivés en premier lieu par l’industrie, raison principale de leur forte présence en France.

Les « cost-killers » (réduction de coût) de l’automobile ont souvent été un cliché des achats. Bien sûr la notion de gain fut fondatrice dans l’émergence de la fonction, mais le tryptique « coût – qualité – délai » a toujours été le leitmotiv des acheteurs industriels de l’époque.

 

 

La fonction achats continue son expansion

Dans les années 2000, les achats directs ont continué leur expansion à tous les secteurs d’activité. Les organisations et leurs pratiques achats se sont structurées, homogénéisées et aiguisées. Sûrement à l’excès d’ailleurs, les centrales d’achats de la grande distribution et les marges-arrières pratiquées en furent un exemple. Dans le même temps, à la vue des débouchés, la recherche et l’enseignement supérieurs ont théorisé la fonction. Aussi, ont été développées des formations initiales et continues, où l’on y enseigne TCO, tiers A/B/C et autre matrice de Kraljik.

 

 

2010 : un nouveau tournant pour la fonction achats

Les années 2010 révèlent des flux interconnectés au paroxysme de la mondialisation. Une fois la fonction professionnalisée et théorisée, les achats ont alors participé à repenser la place de l’entreprise dans son environnement amont. De nouveaux attributs ont étoffé la fonction tels l’achat responsable (management du risque d’image lié à la chaîne de fournisseurs, évaluation RSE du panel) et l’achat d’innovation (co-construction, innovation ouverte). Le terme de « Value-in, Cost-out » a donc définitivement chassé le « cost-killing », autre anglicisme qui collait à la peau des achats.

Ce fut aussi la décennie de l’essor des achats indirects (ou hors-production) et, de fait, celle de la couverture de toutes les catégories d’achats de l’entreprise (informatique, énergie, déplacement, immobilier, etc.).

« Les achats dits indirects pour l’industrie ou la grande distribution sont souvent des achats stratégiques dans le tertiaire où la maturité monte depuis plus de 10 ans. La pression des résultats, la diversité des types de dépenses et la transformation digitale conduisent les entreprises, quelle que soit leur taille, à évoluer vers un nouveau modèle d’excellence opérationnelle ou les achats et les métiers prescripteurs dialoguent dans un même esprit d’optimisation, d’innovation et de création de valeur »

Armelle Salembien – Directrice Achats & Manager de Transition freelance

Lire aussi : Achats de prestations : qui a les droits de propriété intellectuelle ?

 

Qu’est-ce que l’avenir réserve à la fonction achats ?

A l’aube de 2020, les interdépendances entre clients et fournisseurs sont telles que les frontières de l’entreprise sont de plus en plus diffuses et perméables. C’est clairement la décennie de l’entreprise étendue, dans toute sa pluralité (accès à l’innovation, libéralisation des formes de travail, données partagées, etc.).

Les fournisseurs, qui deviennent aussi des pôles de R&D, jouent désormais un rôle dans l’attribution de leurs innovations (voire de leurs stocks !) à tel ou tel client et donc dans l’avantage concurrentiel qui en résultera. On ne compte plus les organisations polymorphes entre clients et fournisseurs visant à capter et à sécuriser leurs innovations (joint-venture, brevet commun, propriété intellectuelle partagée).

La libéralisation des formes de travail amène également les achats à repenser l’organisation de leurs panels, notamment dans les achats indirects où l’impact est d’autant plus fort. En effet, l’essor du freelancing et l’hyperspécialisation des fournisseurs de prestations intellectuelles (conseil, ingénierie, informatique) amènent de nouvelles formes de fournisseurs : les marketplaces.

Enfin, la gouvernance de la donnée dans un contexte d’entreprise étendue sera l’un des enjeux principaux de la décennie, toutes fonctions confondues. Les achats auront ainsi un rôle central dans la sécurisation de la chaine de valeur ainsi que dans la sélection (ou la non-sélection) de fournisseurs-état (GAFAM / BATX).

 

En conclusion, la fonction achats est passée d’une fonction support à une fonction stratégique pour l’entreprise. Elle continuera d’être en constante évolution car directement liée aux changements des rapports de pouvoir client-fournisseur et à l’évolution du marché amont.

 

Nous tenons à remercier pour leur contribution à cet article :

Armelle Salembien, Directrice Achats & Manager de Transition freelance ;

 
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