Dans de nombreuses organisations, une part significative des dépenses échappe encore aux processus achats, malgré des dispositifs pourtant structurés. Ce phénomène, désigné comme maverick spend ou maverick spending, reste difficile à maîtriser car il se développe précisément là où les modèles traditionnels atteignent leurs limites.
La fonction achats joue un rôle central dans la structuration des dépenses externes. Elle vise à garantir la conformité des engagements, la maîtrise des coûts et la visibilité sur les fournisseurs, en s’appuyant sur des processus définis, des panels fournisseurs et des cadres contractuels standardisés.
Malgré ces dispositifs, certaines dépenses continuent d’être réalisées en dehors de ce cadre. Ces situations sont regroupées sous le terme de maverick spend, également appelé rogue spend ou off-contract spend.
Le maverick spend désigne les dépenses réalisées en dehors des processus achats définis, notamment sans passer par des fournisseurs référencés, des contrats validés ou des circuits d’approbation formalisés. Le maverick spend ne correspond donc pas à une catégorie de dépenses, mais à un écart entre le cadre achats et la manière dont les dépenses sont réellement engagées.
Le maverick spend correspond aux dépenses engagées hors processus achats. Il se développe dans des environnements où les besoins sont nombreux, variés et urgents. Sa maîtrise ne repose pas uniquement sur le contrôle, mais sur la capacité à adapter les processus aux réalités opérationnelles.
Qu’est-ce que le maverick spend ?
Le maverick spend ne correspond pas à une typologie de dépenses, mais à une situation de gestion. Une même prestation peut être parfaitement conforme si elle est traitée dans un cadre structuré, ou devenir du maverick spend si elle est engagée en dehors des circuits définis.
Dans la pratique, ces situations prennent différentes formes. Il peut s’agir d’un prestataire identifié directement par un métier, d’une mission lancée sans appel d’offres formalisé, ou encore d’un contrat signé sans passer par les validations habituelles.
Ces situations ne sont pas nécessairement le résultat d’un manque de discipline. Elles apparaissent souvent lorsque les processus existants ne permettent pas de répondre efficacement à un besoin donné.
Maverick spend vs tail spend : quelles différences ?
Le maverick spend et le tail spend sont deux notions souvent associées, mais qui désignent des réalités différentes dans la gestion des achats.
Le tail spend correspond à un ensemble de dépenses de faible montant unitaire, mais nombreuses, dispersées et peu standardisées. Dans les prestations intellectuelles, il s’agit par exemple de missions ponctuelles, d’expertises de niche ou de besoins spécifiques portés par les équipes métiers.
Le maverick spend, quant à lui, désigne un écart par rapport aux processus achats, indépendamment du type de dépense. Il s’agit de dépenses engagées en dehors du cadre défini, qu’elles soient importantes ou non.
La différence est donc structurelle :
le tail spend est une catégorie de dépenses
le maverick spend est un mode de gestion des dépenses
Dans la pratique, les deux sont étroitement liés. Le tail spend, par sa fragmentation et sa volumétrie, est plus difficile à absorber avec des processus achats traditionnels. Il constitue ainsi un terrain propice au développement du maverick spend.
Autrement dit, le maverick spend n’est pas uniquement un problème de conformité, mais souvent le symptôme d’un modèle achats inadapté au traitement du tail spend.
Pour approfondir, consultez notre article dédié au tail spend management.
Pourquoi le maverick spend augmente dans les organisations
L’augmentation du maverick spend s’explique par plusieurs évolutions structurelles qui transforment en profondeur les pratiques achats.
Une transformation du marché des prestataires
Le premier facteur est l’évolution du marché. Le nombre de prestataires disponibles a fortement augmenté, notamment avec la montée en puissance des freelances et des cabinets spécialisés. Les expertises sont aujourd’hui plus nombreuses, plus accessibles, mais aussi plus fragmentées.
Dans ce contexte, les entreprises doivent être capables de mobiliser rapidement des compétences spécifiques. Pourtant, leurs dispositifs achats restent souvent structurés autour de panels fournisseurs limités. Cette configuration réduit leur capacité à accéder à l’ensemble du marché. Dans certains cas, elles n’exploitent qu’une fraction des compétences disponibles.
Une évolution des besoins métiers
Parallèlement, les besoins métiers ont évolué. Ils sont désormais plus fréquents, plus courts et plus ciblés. Les équipes opérationnelles doivent pouvoir identifier et engager rapidement les ressources nécessaires à la réalisation de leurs projets.
Cette évolution crée une tension entre la nécessité de rapidité côté métiers et les exigences de conformité côté achats.
Des modèles achats conçus pour un autre contexte
Enfin, les processus achats eux-mêmes ont été conçus dans un environnement plus stable. Ils restent très efficaces pour des dépenses structurées, impliquant des montants importants et des relations de long terme.
En revanche, ils sont moins adaptés à un volume élevé de demandes ponctuelles. Dans ce type de configuration, chaque demande mobilise un processus similaire, ce qui génère des délais et une charge administrative croissante.
Dans de nombreuses organisations, le maverick spend représente entre 5 % et 20 % des dépenses externes, avec des niveaux plus élevés dans des environnements décentralisés. L’augmentation du maverick spend reflète moins un problème de discipline qu’une difficulté à adapter les modèles achats à un volume croissant de besoins ponctuels.
Quels sont les impacts du maverick spend pour les directions achats ?
Le maverick spend a des conséquences à plusieurs niveaux, qui dépassent la seule question de conformité.
Le premier impact est opérationnel. Les dépenses réalisées en dehors des processus achats ne sont pas toujours captées dans les outils de pilotage. Cela limite la capacité des directions achats à analyser les volumes, à identifier les leviers d’optimisation et à construire une vision consolidée.
Le deuxième impact concerne la conformité et le risque. L’absence de cadre standardisé peut entraîner des risques juridiques, notamment en matière contractuelle, fiscale ou réglementaire. Ces situations sont d’autant plus sensibles qu’elles sont souvent dispersées et peu visibles.
Le maverick spend a également un impact structurel sur l’organisation des achats. La multiplication de prestataires hors cadre contribue à une fragmentation du panel fournisseurs, complique le suivi des relations et augmente la charge opérationnelle des équipes achats et juridiques.
Enfin, il a un impact stratégique direct. Plus la part de dépenses hors processus est importante, plus la part pilotée par les achats diminue. Cela limite leur capacité à générer de la valeur, que ce soit en termes de négociation, d’optimisation ou de stratégie fournisseur.
Le maverick spend ne réduit pas seulement la conformité, il limite surtout la capacité des achats à piloter et à créer de la valeur.
Comment réduire le maverick spend ?
La réduction du maverick spend ne peut pas reposer uniquement sur un renforcement des contrôles. Dans la pratique, ajouter des validations ou des contraintes supplémentaires tend à allonger les délais et peut accentuer les contournements.
Une approche plus efficace consiste à adapter les processus à la diversité des situations.
Adapter les processus aux différents types de besoins
La maîtrise du maverick spend repose moins sur un renforcement des contrôles que sur la capacité à proposer des processus adaptés aux différents types de besoins.
Au-delà des ajustements opérationnels, cela suppose souvent de faire évoluer le modèle de gestion lui-même. Le sujet n’est pas uniquement de mieux faire fonctionner les processus existants, mais de s’assurer qu’ils sont capables d’absorber un volume élevé de demandes, souvent ponctuelles, variées et peu standardisées.
Tous les achats ne présentent pas le même niveau de risque ni les mêmes enjeux. Une approche différenciée permet de traiter les besoins simples dans des circuits plus courts, tout en maintenant un niveau de contrôle adapté pour les situations plus sensibles.
Cette segmentation permet de réduire la friction opérationnelle sans compromettre la conformité, en évitant d’appliquer un même niveau d’exigence à des situations de nature différente.
Structurer le traitement du tail spend
Le tail spend constitue le principal terrain d’expression du maverick spend. En mettant en place des dispositifs spécifiques pour ces dépenses fragmentées, les organisations peuvent améliorer leur pilotage.
Cela implique de concevoir des parcours capables de traiter un volume élevé de demandes sans générer de saturation, tout en maintenant un niveau de visibilité suffisant.
C’est précisément cette capacité à absorber davantage de dépenses dans un cadre structuré qui permet de faire progresser le spend under management. Nous détaillons cette approche dans notre article : Tail spend management : comment faire progresser réellement le spend under management.
Accélérer la contractualisation
Dans de nombreuses situations, le principal point de blocage n’est pas l’identification du prestataire, mais la capacité à contractualiser rapidement.
Par exemple, une équipe métier identifie un expert pour une mission courte. Si son intégration dans le panel fournisseurs nécessite plusieurs semaines, le projet peut être retardé. Dans ce cas, le recours direct au prestataire devient une solution opérationnelle.
Des dispositifs permettant de standardiser et d’accélérer la contractualisation contribuent directement à réduire le maverick spend, en limitant le recours à des circuits informels.
Dans ce contexte, le portage commercial constitue une réponse particulièrement adaptée. Il permet de collaborer rapidement avec un prestataire non référencé, tout en s’appuyant sur un cadre contractuel sécurisé et conforme.
En facilitant la contractualisation sans passer par un processus de référencement complet, il permet de concilier rapidité opérationnelle et exigences achats.
Pour approfondir, consultez notre guide complet sur le portage commercial.
Élargir l’accès au marché fournisseurs
Enfin, la maîtrise du maverick spend suppose de mieux aligner les processus achats avec la réalité du marché.
Permettre un accès plus large aux prestataires, y compris en dehors du panel existant, tout en conservant un cadre structuré, permet de répondre plus efficacement aux besoins métiers.
Dans les faits, les approches traditionnelles montrent leurs limites : elles restreignent l’accès au marché et complexifient l’intégration de nouveaux prestataires. Pour absorber un volume croissant de besoins ponctuels, il devient nécessaire de s’appuyer sur des dispositifs capables d’ouvrir cet accès sans alourdir les processus.
C’est précisément le rôle des marketplaces comme LittleBig Connection. Elles permettent d’accéder à un vivier étendu de compétences, tout en structurant la mise en concurrence, la sélection et la contractualisation dans un cadre sécurisé.
Combinées à des solutions de contractualisation adaptées, elles offrent un équilibre entre ouverture du marché et maîtrise opérationnelle. Les directions achats peuvent ainsi répondre plus rapidement aux besoins métiers, tout en conservant visibilité, conformité et contrôle, sans générer de maverick spend.
Les 4 leviers clés pour réduire efficacement le maverick spend
Pour résumer, réduire le maverick spend ne repose pas sur une action unique, mais sur la combinaison de ces leviers dans un modèle cohérent.
Adapter les processus aux différents types de besoins
→ mettre en place des circuits différenciés selon le niveau de risque
Structurer le traitement du tail spend
→ absorber les dépenses fragmentées dans un cadre piloté
Réduire le time to contract
→ accélérer la contractualisation pour limiter les contournements
Élargir l’accès au marché fournisseurs
→ permettre aux métiers d’accéder rapidement aux bonnes expertises dans un cadre structuré
Vers des modèles achats plus adaptatifs
Le maverick spend s’inscrit dans une transformation plus large des pratiques achats. Il reflète à la fois l’évolution du marché des prestataires et celle des besoins métiers.
Pour les directions achats, l’enjeu n’est pas uniquement de réduire ces dépenses, mais de les intégrer dans un cadre adapté, capable de visibilité, conformité et fluidité d’exécution.
C’est cette capacité d’adaptation qui permet de renforcer durablement le pilotage des dépenses externes.
Ces approches ouvrent des perspectives concrètes pour structurer les dépenses tout en conservant la flexibilité nécessaire aux métiers.



